Cela n’est pas accessible à tout le monde. Car tout le monde n’en ressent pas l’appel : vivre avec l’appel des profondeurs, vivre en sachant que notre vie est autre chose que ce que nous en avons appris par les livres et notre éducation, ce n’est pas proposé à tout le monde.
Mais pour celles et ceux qui se sentent touchés par la beauté et la poésie du monde, alors là il y a une possibilité. Là, c’est d’un seul coup accessible. C’est plus qu’accessible. Cela devient une nécessité. Un appel. Que chacun va suivre à son rythme, avec ses moyens. C’est comme une soif qui ne peut être étanchée que par l’expérience.
La nature est un livre, un grand livre, mais ce n’est pas tout le monde qui a la grille de lecture, qui sait lire. Peut être que nous sommes des analphabètes de la nature…Peut être.
Depuis des années, je ne peux que constater que de plus en plus de personnes vont vers la nature avec cette soif. Cette envie de sensibilité et de poésie. Nous y sommes. Le monde n’a pas le choix. Nous ne pouvons pas sauver la nature sans faire l’expérience intime  de cette nature. En ouvrant notre cœur. Je pense que c’est une expérience d’amour. Qui peut sauver non seulement la nature, mais chacun d’entre nous.
Les anciens parlaient de géomancie. En lisant les signes de la nature, il est possible de lire ce qui se passe à des distances très éloignées. Je connais des personnes qui interprètent les signes d’un lever ou d’un coucher de soleil, d’un vent, d’un vol d’oiseau. Ils arrivent à lire dans la nature ce qui va se manifester dans le monde. Je connais une personne qui fait cela. C’est extraordinaire. Un vrai magicien. Ça, c’est rare et peu accessible.



Mais revenir à l’amour, la paix ou la joie avec l’aide et l’accompagnement de la nature, c’est accessible à chacun.
C’est accessible.
Fermez les yeux.
Ressentez comme cela résonne en vous.
Ne regrettez rien. Ce goût d’inaccessible pour l’instant est la soif. La soif qui monte. Expérimentez. Et plus que cela, déployez.
Déployez le fruit de votre expérience avec la nature.
Si vous cueillez, partagez avec joie le fruit de vos cueillettes.
Si vous écrivez, déployez.
Si vous éprouvez de la paix, déployez…
Laissez ces flux vous traverser.
Faites des offrandes aux arbres.
Dites leur que vous les aimez.
Serrez-les contre vous… et sentez les frissonner.
Osez l’impensable. Osez rencontrer la nature. Osez la rencontre.
Et gardez bien en vous cette conviction. Quoique l’on vous dise, ce que vous aurez expérimenté est juste. Ne demandez pas à un monde fou de valider vos expériences et compréhensions. Ne vous laissez pas désenchanter. Au contraire, enchantez le monde. Offrez votre chant au monde, ça lui redonne des couleurs.



Osez la confiance et l’abandon.
Il ne s’agit pas de vous.
Il s’agit de vous mettre au service de la vie, dans ce qu’elle a de lumineux et de simple.
Osez embrasser un arbre.
Osez lui parler.
Osez l’écouter.
Puis déployez.
Déployez.
Concrètement.

 Stéphane

L'appel


La véritable Economie ne va jamais à l’encontre des principes éthiques les plus élevés, de même que l'éthique véritable, pour mériter son nom, doit être en même temps de la bonne Economie... L'Economie véritable défend la justice sociale; elle promeut le bien de tous à parts égales, en incluant les plus faibles; et elle est indispensable pour une vie décente 
- M. K. Gandhi, 'Harijan' du 9 octobre 1937.

La tâche critique à laquelle est confronté celui qui étudie l'économie gandhienne est de définir comment M. K. Gandhi comprenait l'Economie, comme distincte du courant économique traditionnel d’Adam Smith. Même s'il est vrai que Gandhi n'était pas un économiste professionnel, son économie est riche d'une compréhension de la dynamique des processus économiques, et intellectuellement stimulante par sa production d'alternatives créatrices.

Pour Gandhi, les activités économiques ne peuvent pas être séparées des autres activités. L'économie fait partie d'un mode de vie qui est fondé sur des valeurs collectives. Les activités économiques ne peuvent pas être abstraites de la vie humaine. Gandhi voulait garantir la justice distributive en s’assurant que la production et la répartition ne soient pas séparées.

L'Indépendance économique (Swaraj)

Un des principes de base de Gandhi est que "La terre fournit suffisamment pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas la cupidité de chaque homme". Tandis que la pensée dominante en Economie rend l'homme ordinaire totalement démuni en matière de production et de répartition des ressources, Gandhi proposait une vision alternative à travers le système du swaraj. Le Swaraj est nécessaire pour libérer les économies les plus faibles de la position dominante du capitalisme néo-libéral. Il y a la nécessité d’un nouveau cadre conceptuel dans lequel chaque pays atteint le swaraj économique. Selon Gandhi, chaque pays devrait compter sur ses propres forces.

Les composants du swaraj reposent sur deux variables indépendantes, la psychologie et l'éthique. Etant donné la rareté des ressources, la production ne peut pas s'accroître indéfiniment. La psychologie de l'abondance est un phénomène irrationnel. Les principes fondamentaux de l'activité économique sont basés sur les besoins et non sur l'abondance. L'abondance génère l’inégalité car elle est fondée sur des distorsions. La cupidité provient du désir de d’obtenir l’abondance. Ici, la psychologie peut jouer un rôle crucial. Les valeurs qui conditionnent l'esprit peuvent changer les comportements humains. Le but du swaraj fournit des limites aux besoins humains.

Quels sont les ingrédients de l'indépendance économique ou swaraj? D'abord, Gandhi accordait une importance adéquate au secteur traditionnel. La plus haute importance est donnée à l'agriculture et aux industries agro-centrées. L'équilibre entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire devrait être habilement maintenu, sur la base des ressources humaines disponibles. Deuxièmement, les villages doivent avoir plus d'importance que les cités. Gandhi observait: "Vous ne pouvez pas construire la non-violence sur une civilisation des usines, mais elle peut être construite sur des villages qui s'auto-limitent... Vous devez donc avoir une mentalité rurale, et pour l'avoir, vous devez avoir la foi dans le métier à tisser."

L’efficience du swaraj économique peut être testée par l’application des sept critères suivants:

• Elimination de la pauvreté et minimisation de la richesse.
• Auto-suffisance de chaque unité dans les besoins de base.
• Identification des besoins humains de base et de leur satisfaction.
• Economie agro-centrée comme base de création d’une économie durable.
• Production fondée sur les besoins autant que possible par des petites unités.
• Contrôle des distorsions à travers l'éducation de base et la formation technique.
• Limitation de la concentration du pouvoir économique.


L'Economie Familiale (Swadeshi).

Le Mahatma Gandhi était un champion du Swadeshi ou économie familiale. Le monde hors de l’Inde connait les campagnes de Gandhi pour mettre fin au colonialisme britannique, mais ce n'était là qu'une petite part de son combat. La plus grande partie de sa tâche fut de rénover la vitalité indienne et de régénérer sa culture.

Pour Gandhi, l'esprit et l'âme de l'Inde reposaient dans ses communautés villageoises. Il disait: "L'Inde véritable se trouve non pas dans ses quelques cités mais dans ses sept cent mille villages. Si les villages périssent, l'Inde périra aussi."
Suivant le principe du Swadeshi, tout ce qui est fabriqué ou produit dans le village doit être utilisé, d'abord et avant tout, par les membres du village. Le commerce entre les villages, et entre les villages et les villes devrait rester minimal. Les biens et les services qui ne peuvent pas être produits à l'intérieur de la communauté, peuvent être achetés à l'extérieur.

Le swadeshi évite la dépendance économique à l'égard des forces de marchés extérieurs qui pourraient rendre la communauté villageoise vulnérable. Il évite aussi les transports inutiles, malsains, gaspilleurs et destructeurs de l'environnement. Le village doit construire une base économique forte pour satisfaire la majeure partie de ses besoins et tous les membres de la communauté villageoise devraient accorder la priorité aux biens et services locaux.

La théorie économique principale croit en des modes de production centralisés, industrialisés et mécaniques, tandis que Gandhi envisage un mode de production décentralisé, domestique, artisanal. La production de masse oblige la population à quitter ses villages, ses terres, ses métiers et ses maisons pour travailler dans des usines. A la place d’êtres humains dignes, de membres de communautés villageoises qui se respectent, les villageois deviennent de simples rouages d’une machine. Dans le swadeshi, la machine serait subordonnée au travailleur.

Dans les pays pratiquant le swadeshi, l'économie aurait sa place mais ne dominerait pas la société. L'économie et la politique ne devraient pas s’intéresser simplement aux choses matérielles, mais devraient être les moyens de réalisation de fins culturelles, spirituelles et religieuses. En fait, l'économie ne devrait pas être séparée des fondations spirituelles profondes de la vie. Cela se réalise au mieux, selon Gandhi, quand chaque individu est partie intégrale de la communauté; quand la production des biens se fait à petite échelle; quand l’économie est locale ; quand la préférence est donnée à l’artisanat local. Ces conditions sont propices à une forme de société communautaire, écologique, spirituelle et holistique. Selon Gandhi, les valeurs spirituelles ne doivent pas être séparées de la politique, de l’économie, l’agriculture, l’éducation et des autres activités de la vie de tous les jours. Dans ce projet intégral, il n’y a pas de conflit entre le spirituel et le matériel.

Pour Gandhi, une civilisation machiniste n'était pas une civilisation. Une société dans laquelle les travailleurs devaient travailler à la chaîne, dans laquelle les animaux étaient traités avec cruauté dans des fermes-usines et dans laquelle l'activité économique mènerait nécessairement à la dévastation écologique, ne pouvait pas être considérée comme une civilisation. Ses citoyens finiraient seulement comme des névrosés, le monde naturel serait inévitablement transformé en désert, et ses cités en jungles de béton. En d'autres mots, la société industrielle globale, en opposition à une société constituée de communautés largement autonomes et attachées au principe du swadeshi, n'est pas durable. Le Swadeshi pour Gandhi, était un principe sacré, aussi sacré que les principes de vérité et de non- violence.

Trusteeship (littéralement Tutelle).

Les efforts de Gandhi en vue de "spiritualiser l'économie" sont reflétés dans son concept du Trusteeship. Il a été fondé sur le premier verset (sloka) du texte sacré hindou Isopanishad, selon lequel il nous est demandé de tout consacer à Dieu, et de l’utiliser seulement en fonction des besoins. En d'autres mots, tout doit être d'abord rendu à Dieu, et, à partir de là, on peut utiliser seulement ce qui est nécessaire pour servir la création de Dieu, en fonction de ses besoins stricts. L’esprit de ce concept est celui du détachement et du service.

L'idée gandhienne du Trusteeship émerge de sa foi dans la loi de non-possession. Elle se fondait sur sa croyance religieuse que toute chose appartenait à Dieu et venait de Dieu. Tous les bienfaits de l'univers étaient donc destinés à Son peuple, dans son entièreté, et non pour un individu particulier. Quand un individu obtenait plus que sa portion respective, il devenait un tuteur (trustee) de cette portion [ il en avait l’administration] en faveur du peuple de Dieu. Si ce principe pouvait être imprégné dans le peuple en général, le Trusteeship deviendrait une institution légalisée. Gandhi souhaitait qu'elle devienne un don de l'Inde au reste du monde.

A la base, Gandhi proposait ce concept comme une réponse aux inégalités économiques de revenus et de patrimoine, une sorte de solution non-violente pour résoudre tous les conflits économiques et sociaux qui prévalaient dans le monde. De sorte que c'est la dignité de l'homme, et non sa prospérité matérielle, qui est le centre de la pensée économique de Gandhi. L'économie gandhienne vise à la répartition de la prospérité matérielle, en vue uniquement de garantir la dignité humaine. Elle est ainsi dominée par les valeurs morales, davantage que par les idées économiques. Suivant Gandhi, le concept de Trusteeship est le seul fondement sur lequel il est possible de construire une combinaison idéale de l'économie et de la morale. Concrètement, la formule de Trusteeship s'énonce ainsi :

• Le concept de Trusteeship fournit un moyen pour transformer l'ordre capitaliste présent en un ordre égalitaire.
• Il ne reconnaît aucun droit de propriété privée, à l'exception de ceux qui seraient autorisés par la société pour son bien-être.
• Il n'exclut pas la législation de la propriété et de l'usage des richesses.
• Dans un système de Trusteeship régulé par l'Etat, un individu n'est pas libre de détenir et d'utiliser sa richesse pour sa satisfaction égoïste, en ignorant les intérêts de la société.
• Comme dans le cas d'un salaire minimum pour une vie décente, une limite devrait être établie concernant le revenu maximum qui serait autorisé pour une personne dans la société. La différence entre un tel revenu maximum et minimum devrait être raisonnable et équitable et variable dans le temps, de manière telle que la tendance serait de supprimer cette différence.
• Sous un tel ordre économique, le contenu de la production serait déterminé par la nécessité sociale et non pas par la cupidité personnelle.

A mesure que l'homme avance de la sphère étroite de la satisfaction personnelle vers le concept plus noble du bien- être de tous, il s’approche de la réalisation de soi. Toute cette idée de posséder la richesse uniquement pour l'empêcher d'être mal utilisée et pour la partager équitablement, vise à protéger la dignité humaine. Si elle est possédée pour tout autre objectif, cela devient moralement critiquable. Gandhi charge de cette obligation morale les trustees [les administrateurs de richesses], car il est totalement conscient des maux du capitalisme qui élargit le fossé entre les riches et les pauvres.

Le concept gandhien de Trusteeship diverge aussi, profondément, de la philosophie économique du marxisme. Si celui-ci est l'enfant de la révolution industrielle, la théorie de Gandhi ne peut être comprise que dans le contexte de certaines valeurs spirituelles de base de la tradition indienne. Le socialisme marxien vise à la destruction de la classe appelée capitaliste, tandis que l'approche gandhienne n'est pas de détruire l'institution, mais de la réformer. Le socialisme de Gandhi étant éthique, s'avère différent du socialisme marxien. L'homme, selon Gandhi, est d'abord un être éthique et un être social en second.

La différence la plus significative entre le socialisme de Marx et celui de Gandhi réside dans la méthode qu'ils recommandent pour l'atteindre. Tandis que le socialisme marxien insiste sur la violence, le socialisme de gandhien vise à un changement du coeur de la part des riches. Il n'y a pas de place pour la violence, mais seulement pour la confiance. L'homme ordinaire a confiance dans son trustee [administrateur] et ce dernier joue un rôle de tuteur. Bien que cette forme de socialisme soit difficile à réaliser, Gandhi s'en faisait l'avocat car il croyait dans la force de la bonté de l'homme et dans la valeur de la moralité. Tous les autres "-ismes" abordent superficiellement le problème, tandis que le principe de Trusteeship l'aborde à la racine. Ce qui ne doit pas être oublié c’est qu’au coeur de ce concept réside la nécessité de protéger la dignité humaine.

Economie et Société - La Perspective de Gandhi (Economy and Society - The Gandhian Perspective) Jeevan Kumar, Bangalore, India, Traduction : Robert Frouville

Le socialisme selon Gandhi



Nous parcourons du regard les innombrables millions d'années passées et nous voyons le « Vouloir vivre » lutter avec force pour sortir de la vase laissée par la marée.
Lutter de forme en forme et de pouvoir en pouvoir.
Ramper puis marcher avec confiance sur la terre ferme.



Lutter de génération en génération pour la conquête de l'air, s'enfoncer dans l'obscurité des profondeurs.
Nous le voyons se retourner contre lui-même, poussé par la rage et la faim, et de nouveau reprendre forme, une forme de plus en plus élaborée, de plus en plus semblable a nous.
Poursuivant implacablement son projet inouï jusqu'à ce que son être batte enfin dans notre cerveau et dans nos artères...



Il est possible de croire que tout ce passé n'est que le commencement d'un commencement, et que tout ce qui est et a été n'est que le premier reflet de l'aube.
Il est possible de croire que tout ce que l'esprit humain a jamais accompli n'est que le rêve qui précède l'éveil.
De notre lignée, des esprits vont surgir qui nous regarderons dans notre petitesse, afin de nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-même.

Un jour viendra, un jour dans l'infinie succession des jours ou des êtres encore latents dans nos pensées et cachés dans nos flancs se dresseront sur cette terre comme on se dresse sur un piédestal.
Ils riront et tiendront leurs mains parmi les étoiles.

H. G. Wells



Vouloir vivre




Je crois que j’ai des sentiments religieux cosmiques. Je n’ai jamais pu comprendre comment on pourrait répondre à ces sentiments en priant des objets limités. L’arbre dehors est en vie, une statue est morte. L’ensemble de la nature, c’est la vie, et j’observe que la vie rejette un Dieu ressemblant à l’homme.

L’homme a des dimensions infinies et trouve Dieu dans sa conscience. Une religion cosmique n’a pas d’autre rôle que d’enseigner à l’homme que l’Univers est rationnel et que son destin le meilleur est de méditer et de co-créer avec ses lois.

En face de la création, je me sens très humble. C’est comme si un esprit s’y manifeste qui est infiniment supérieur à l’esprit de l’homme. C’est par la recherche scientifique que j’ai connu les sentiments religieux cosmiques. Mais je ne tiens pas à être appelé un mystique.

J’aime faire l’expérience de l’Univers comme un tout harmonieux. Chaque cellule a la vie. La matière, aussi, a la vie; elle est énergie solidifiée. Nos corps sont comme des prisons, et j’ai hâte d’être libre, mais je ne spécule pas sur ce qui va m’arriver au-delà. Je vis ici et maintenant, ma responsabilité est dans ce monde actuel. Je traite avec les lois naturelles. C’est mon travail ici sur la terre.

Le véritable scientifique n’est pas sensible à l’éloge ni au blâme, et il ne prêche rien. Il dévoile l’Univers et les gens affluent, sans pression extérieure, vers une nouvelle révélation: l’ordre, l’harmonie, la magnificence de la création.

Quand l’homme devient conscient des lois prodigieuses qui régissent l’univers en parfaite harmonie, il commence à réaliser à quel point il est petit. Il voit la petitesse de l’existence humaine, avec ses ambitions et ses intrigues, avec la règle du "je suis meilleur que toi".

C’est le début de la religion cosmique en lui; l’empathie au service de l’humain devient son code moral. Sans ces fondements moraux, nous sommes irrémédiablement condamnés. Le Dieu vénéré par Spinoza est aussi le mien : je le rencontre tous les jours dans les lois harmonieuses qui régissent l'Univers.

Ma religion est cosmique, mon Dieu est trop universel pour se préoccuper des intentions de chaque être humain. Je n’accepte pas une religion de la peur; mon Dieu ne me tient pas responsable des actions que la nécessité impose.

Mon Dieu me parle à travers des lois. Je crois en une chose, que seule une vie vécue pour les autres est digne d’être vécue. Il faut commencer par le cœur de l’homme - par sa conscience - et les valeurs de la conscience ne peuvent se manifester que par le service désintéressé de l’humanité.

Si nous voulons améliorer le monde, nous ne pouvons pas le faire avec la connaissance scientifique, mais avec des idéaux. Confucius, Bouddha, Jésus et Gandhi ont fait plus pour l’humanité que toute la science.

Je crois que nous n’avons pas besoin de nous soucier de ce qui se passe après cette vie, aussi longtemps que nous faisons ici notre devoir d’amour et de service. J’ai foi dans l’Univers, car il est rationnel. Il y a des lois à la base de chaque événement. Et j’ai foi en mon but ici sur terre.

J’ai confiance en mon intuition, la langue de ma conscience, mais je n’ai aucune foi dans la spéculation au sujet du ciel et de l’enfer. Je suis préoccupé par ce temps, ici et maintenant. Vous devez avertir les gens de ne pas faire de l’intellect, leur nouveau Dieu. L’intellect connaît les méthodes, mais rarement les valeurs, qui viennent des sentiments.

Si on ne joue pas un rôle dans l’ensemble créatif, on ne mérite pas d’être appelé humain. On a trahi son véritable but. Et les religions traditionnelles m’inquiètent.
Leur longue histoire prouve qu’elles n’ont pas compris le sens du commandement: tu ne tueras point.

Si nous voulons sauver ce monde d’une destruction inimaginable, nous devrions nous concentrer non pas sur le Dieu lointain, mais sur le cœur de l’individu.

Albert Einstein  - Entretiens avec William Hermmans





 



Crédit Photo : Perfume River (Huong River), Hue  -  Light of Prayer   By Tran Tuan Viet

La foi



Tout le monde parle d'art et plus personne de beauté.

Les marchands vous répètent que le marché de l'art est mondial, les maisons de vente font exploser les enchères, les puissants mesurent leur pouvoir à la valeur de leurs collections privées, les grandes foires internationales affichent leurs artistes comme des trophées dans des listes folles, succédanés contemporains des listes de saints d'hier.

Le programme, demandez le programme, à la lettre B comme Bâle, vous aurez Barcelo, Barney, Barry, Baselitz, Basquiat, Beckmann, Bellmer, Boltanski, Beuys, Boetti, Bourgeois, Bustamante, Broodthaers, Brancusi, Boyce, Braque ; à la lettre P, Paik, Paladino, Penone, Petitbon, Picasso, Picabia, Pistoletto, Poliakoff, Polke, Pollock, Prince.

La beauté est devenue une idée archaïque, inaccessible, indifférente, insignifiante, un concept inutile et presque illégitime pour comprendre l'art. La beauté, on s'en fout, seul l'art sauve, semble dire notre époque. Pauvre beauté, l'art l'a dévorée depuis longtemps et avec elle ses critères, ses moyens et ses fins ; l'art est un ogre, tantôt sublime tantôt monstrueux, qui se moque bien de la beauté, une vache sacrée qui rumine les angoisses et les espoirs du temps présent. La beauté, qui croit encore à cette bluette ? Ce n'est plus qu'une rubrique cosmétique dans la presse féminine, un marché publicitaire qui vous vend l'immortalité sous la forme de la jeunesse éternelle, l'autre nom de la mode. La beauté, je la veux fatale sinon rien.

Dans une petite conférence intitulée Oeil ouvert et cœur battant, donnée au Collège des Bernardins dont Antoine Guggenheim rappelle joliment qu'il est une maison consacrée à la beauté et à la vérité, l'académicien François Cheng a le grand mérite de réhabiliter un peu la beauté, son rôle dans la grande aventure humaine, sa part créatrice dans la formation de chaque personnalité. Rappelant qu'il n'y a pas d'humanité sans désir de beauté, il formalise les principes d'une nouvelle éducation esthétique. Au fait papa, ça sert à quoi la beauté ?

La beauté est une école d'humilité et d'attention. “Il faut sauver les beautés offertes et nous serons sauvés avec elles. Pour cela il nous faut, à l'instar des artistes, nous mettre dans une posture d'accueil, ou alors, à l'instar des saints, dans une posture de prière, ménager constamment en nous un espace vide fait d'attente attentive, une ouverture faite d'empathie d'où nous serons en état de ne plus négliger, de ne plus gaspiller, mais de repérer ce qui advient d'inattendu et d'inespéré”.

La beauté nous apprend à aimer car elle est la conscience exaltée de ce qui est unique en chaque chose. “C'est avec l'unicité des êtres que commence la possibilité de la beauté. L'unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l'instar d'une fleur ou d'un arbre, n'a de cesse de tendre vers la plénitude de son éclat singulier, qui est la définition même de la beauté”.

La beauté est l'initiation la plus parfaite à la bonté.

Cheng cite Bergson à la rescousse : “le degré suprême de la beauté est la grâce mais par le mot grâce on entend aussi la bonté. Car la bonté suprême, c'est cette générosité d'un principe de vie qui se donne infiniment”.

La beauté nous prépare à la compassion universelle. Cette fois, c'est Nabokov qui arrive à la rescousse, Nabokov qui posait cette égalité, art = beauté + pitié, une pitié, commente Cheng, qui est le contraire de l'apitoiement, car “nous procurant un regard distancié , elle nous rappelle combien notre existence est précaire et précieuse à la fois”.

La beauté est une machine à produire de l'humanité. Sous les figures, elle révèle les présences, sous les problèmes, elle débusque les énigmes, rendant ainsi le monde plus habitable et la vie bien plus vive. “Grâce à elle, le monde est plein d'appels et d'attraits, plein de signes et de sens et notre existence se charge de désirs et d'élans” .

La beauté nous console de l'esprit trop raisonneur. Elle fait apparaître les choses dans leur fulgurance fragile et rend sensible l'élan vital qui les relie. “Tant qu'il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l'air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée”.

La beauté nous aide, surtout, à décentrer notre regard. “Pour un œil occidental habitué à la peinture classique où les personnages sont campés au premier plan, le petit personnage dans le tableau chinois paraît complètement perdu, noyé dans la brume du Grand Tout. Mais avec un peu de patience et d'abandon, on s'aperçoit que ce petit personnage est le point névralgique du paysage, qu'il est l'œil éveillé et le cœur battant d'un grand corps. Si nous pouvons penser l'univers, c'est que l'univers pense en nous. L'homme est fait pour être le cœur battant et l'œil éveillé de l'univers vivant. Il n'est pas cet être déraciné, éternel solitaire qui dévisage l'univers d'un lieu à part”.


PAUL-HENRI MOINET - Tout le monde parle d'art et plus personne de beauté.


Lire aussi :

Oeil ouvert et coeur battant (Envisager et dévisager la beauté) - François Cheng

Une leçon de beauté sans maquillage




V comme Vérité, Vertu, Valeur, Validité et Véganisme

Le véganisme, c’est l’écologie véritable en action.

Il démontre la vertu et le courage d’un écologiste qui affronte et dénonce la vérité la plus dérangeante qui soit.

Sea Shepherd est l’une des très rares organisations de protection des océans au monde à promouvoir et pratiquer activement le véganisme – voire la seule.

Pourquoi? Parce que nous voyons les relations qui existent entre l’élevage et la pollution des océans, l’appauvrissement de la vie dans les mers, la destruction des forêts pluviales et le réchauffement climatique.

Le véganisme, c’est l’écologie véritable en action. Il va au-delà des débats sur le réchauffement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité, et il fait réellement quelque chose pour régler les problèmes.

Les navires de Sea Shepherd sont végans depuis 2002, et avant cela, il y a toujours eu des options végans. Les navires étaient végétariens dès 1979.

Cependant Sea Shepherd n’est pas une organisation végan ou végétarienne, ni une organisation de protection des animaux ou de leurs droits. Nous sommes un mouvement de protection de la faune sauvage des océans et des écosystèmes marins.

Alors pourquoi tous les repas servis à bord des navires Sea Shepherd sont-ils végans?

La réponse, c’est parce que le végétarisme, et surtout le véganisme, sont des alternatives puissantes à la destruction des océans qui sont dévorés vivants par huit milliards d’êtres humains et leurs animaux domestiques.

La diversité dans nos océans s’appauvrit chaque jour un peu plus, et quand la diversité s’effondre, c’est au tour de l’interdépendance entre les espèces de s’effondrer, avec comme résultat la mort de l’océan.

Et un océan mort signifie la mort de toutes les créatures, quelle que soit leur taille, car si les océans meurent, nous mourrons tous. L’océan est le cœur de la planète, et il est la base de la vie, sur terre comme dans la mer.

Impitoyablement, nous pratiquons dans l’océan une pêche excessive, et bien souvent en toute illégalité. Toutes les activités de pêche commerciale dans le monde sont virtuellement au bord de l’effondrement. Nous polluons l’océan avec du plastique, des produits pétrochimiques, les ruissellements agricoles et nos eaux usées. Nous lui infligeons de l’acidification, de la pollution sonore, et nous détruisons les écosystèmes côtiers pour notre développement.

La position de Sea Shepherd, c’est qu’il faut fermer toutes les entreprises de pêche commerciale pour donner aux poissons une chance de récupérer. La seule pêche relativement "durable", c’est celle des artisans pêcheurs travaillant depuis de très petits bateaux à partir des petits ports d’Inde, d’Afrique, etc...

Il faut supprimer les grandes sociétés, les grands chalutiers, les senneurs, les palangriers, les grosses machines, les grands filets, les lignes de grande longueur et les navires usines si nous voulons sauver nos océans.

Mais qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de manger un hamburger, des œufs au bacon ou du poulet? Ces créatures ne vivent pas dans la mer.

Pourtant c’est bien de la mer qu’elles tirent leur subsistance. Tout comme nous, ce sont des êtres terrestres qui tous ensemble dévorent la mer vivante, et ils le font contre leur volonté, pour le bénéfice de la créature la plus destructrice à s’être jamais aventurée dans l’océan – l’homo sapiens.

Un tiers de toute la vie marine capturée par l’industrie de la pêche est appelée "poisson fourrage" et on l’extrait de la mer dans le seul but de nourrir les porcs, les poulets, les visons, les renards, les saumons d’élevage, et les chats domestiques. En fait, les poulets mangent plus de poisson que les albatros, les porcs mangent plus de poisson que les requins, et les chats domestiques mangent plus de poisson que tous les phoques de la mer.

Il y a 1,5 milliard de vaches sur la planète, 1,2 milliard de moutons, plus d’un milliard de porcs, un demi-milliard de chiens, et 2 milliards de chats de race ou de gouttière.

Dix pour cent du poisson fourrage sert à nourrir les chats. Cinquante-cinq pour cent sert à nourrir les porcs, le reste va aux poulets, aux visons, aux renards, et aux saumons des fermes d’élevage.

Il y a 2 milliards de chats et un demi-milliard de chiens dans le monde, et moins de cinquante millions de phoques dans la mer. Il y a 18,6 milliards de poulets dans le monde, bien plus que tous les oiseaux de mer.

Lorsque vous mangez du poulet, vous mangez peut-être du poisson. Lorsque vous mangez du bacon, vous mangez peut-être du poisson. Lorsque vous buvez du lait ou que vous mangez des œufs, vous consommez peut-être de la faune sauvage marine.

Les pêcheurs se plaignent que les phoques mangent tout le poisson, Rien qu’aujourd’hui, il y avait 38 lions de mer dans le fleuve Columbia, et plus de 500 pêcheurs à la ligne avec leurs cannes à pêche sur la berge, mais c’est sur les lions de mer que le gouvernement tirait, parce qu’ils "mangent le poisson".

Et en plus de tout cela, vous avez le fait que l’élevage animal produit plus de gaz à effet de serre que l’industrie du transport. Si vous prenez en compte qu’il faut 13000 litres d’eau pour produire un kilo de viande de boeuf, ce gaspillage est tout simplement inacceptable.

C’est pour cela que Sea Shepherd a décidé, il y a des années de cela, que promouvoir le véganisme c’était mettre en pratique les bons principes éthiques de l’écologie.

Entre 2003 et 2006 j’étais directeur national du Sierra Club aux USA. Toutes mes tentatives de traiter l’impact environnemental de l’élevage animal ont été non seulement rejetées, mais moquées. Le Sierra Club a refusé tout net d’aborder le sujet de la croissance de la population humaine et de l’augmentation de la consommation de produits issus de l’élevage industriel comme facteurs significatifs du réchauffement climatique et de la destruction des écosystèmes.

Pourquoi?

Pour la même raison que celle pour laquelle Greenpeace, Conservation International et d’autres grandes organisations environnementales ignorent délibérément la vérité très dérangeante qui est que manger des animaux produit plus de gaz à effet de serre que toute l’industrie du transport. Même Al Gore a commodément négligé de mentionner ce fait très important dans son documentaire, "Une vérité qui dérange".

Pourquoi n’en a-t-il pas parlé, et pourquoi les grandes organisations refusent-elles de simplement aborder le thème de la relation entre le fait de manger de la viande et le réchauffement climatique?

C’est parce qu’elles ne veulent pas contrarier leurs donateurs. Leur grande crainte, c’est que cela leur aliènera leur base de donateurs.

Et ils ont probablement raison. Sea Shepherd a perdu le soutien de gens qui mangeaient de la viande, parce que notre message les avait irrités. Mais la différence entre Sea Shepherd et ces grandes organisations dans le déni, c’est que nous, nous voulons sauver nos océans et notre planète, même si ça dérange certaines personnes.

Le changement naît de l’action, pas des paroles. J’ai démissionné du comité de direction du Sierra Club parce que l’organisation environnementale la plus ancienne du pays, dont le fondateur, John Muir, était végétarien et anti-chasse, est maintenant pro-chasse et pro-élevage. Quand j’en suis parti, je les ai surnommés "Siesta Club Hunting and Conversation Society".

On ne sauvera pas la planète rien qu’en restant moins longtemps sous la douche, en recyclant nos déchets ou en conduisant une voiture électrique. Il faut un sacré nombre de douches courtes pour compenser les 13000 litres d’eau qu’il faut pour produire un kilo de viande de boeuf.

En réalité, un végan qui roule en gros 4x4 sur l’autoroute contribue moins à la création de gaz à effet de serre qu’un mangeur de viande qui se déplace à vélo.

L’industrie de la viande consomme plus d’eau que toute autre industrie sur la planète. Elle occupe plus de surface de sol. Elle produit plus de déchets. C’est elle qui produit le plus de gaz à effet de serre, particulièrement du méthane.

Il y a un nouveau documentaire qui vient de sortir, intitulé « Cowspiracy », qui enquête sur les contradictions au sein des grandes organisations environnementales qui refusent de soulever et de prendre au sérieux la question des relations entre l’industrie de la viande et les niveaux croissants des gaz responsables du réchauffement climatique.

Les réalisateurs traitent d’un sujet interdit, et mettent en évidence ce problème qui crève les yeux mais que les grandes organisations écologistes refusent délibérément de voir. Dans le film, on voit que Greenpeace n’accepte même pas de rencontrer les réalisateurs pour discuter du projet. Les réalisateurs se sont rendus aux bureaux de Greenpeace après que ceux-ci ont refusé de répondre à leurs e-mails, mais tout ce qu’on leur a dit, c’est que Greenpeace n’était pas intéressé par les discussions sur la relation entre la consommation de viande et le réchauffement climatique.

D’un côté, Greenpeace critique et réprouve ceux qui contestent le réchauffement climatique, et cependant ils choisissent de rester dans le déni du facteur qui contribue le plus au réchauffement climatique global.

Le client de McDonald en train de manger son Big Mac en portant un t-shirt Greenpeace est plus important pour les intérêts particuliers de Greenpeace que la résolution d’un problème contre lequel ils font campagne.

Les déjections porcines polluent de grandes étendues de nappes phréatiques, mais aucune de ces grandes organisations environnementales ne pointe du doigt le fait que manger du jambon soit la source du problème.

J’ai été élevé dans un village de pêcheurs, et nourri de homard, de poisson, de coquillages et d’algues. J’ai constaté la diminution constante de la vie marine depuis mon enfance, et ce que j’ai vu est effrayant. L’an dernier, j’ai consacré plusieurs mois à l’étude de la Grande Barrière de Corail en Australie, qui est en train de mourir. J’ai passé des mois à ramasser des déchets de plastique sur les îles Tonga et Samoa. Mon souci, c’est que l’océan est maintenant au bord du désastre.

Je prends au sérieux ce que j’ai vu, tout comme je prends au sérieux les changements du temps et la destruction des forêts pluviales. Alors quand je vois une des causes majeures de cette destruction et du réchauffement climatique, je suis d’avis qu’il faut s’en occuper, et pas l’ignorer ni la contester.

Mais être végan n’est pas une complète absolution pour ceux qui le pratiquent. C’est une contribution majeure vers une solution, mais nous ne pouvons pas ignorer le fait que la croissance des populations humaines implique plus d’agriculture industrialisée, d’engrais, de pesticides, de plastique et d’herbicides, qu’on utilise aussi bien pour l’agriculture que pour l’élevage, qui désertifient nos océans. Nous ne pouvons pas ignorer non plus les milliards d’oiseaux qui sont tués chaque année par nos chats chéris. Et tous, chaque jour, nous nous servons de sacs plastique à usage unique dont nous nous débarrassons de façon irresponsable. Nous conduisons des voitures et voyageons en avion.

En fin de compte, dès que vous avez votre certificat de naissance, vous êtes coupables de contribuer à la destruction de la planète. C’est un fait, tout simplement, et c’est ça notre péché originel, d’être nés dans un monde mené par la consommation.

Mais grâce à l’imagination, à la discipline et à la science, nous pouvons réduire notre impact sur la nature, et à mon avis le moyen le plus direct et le plus facile de le faire, c’est de prendre la décision très simple de ne plus consommer d’animaux élevés et abattus dans ces immenses abattoirs mondiaux par quantités si énormes.

Un écologiste exemplaire se nourrit de produits locaux, bio, végans.

Est-ce que cela coûte plus cher? Peut-être, mais ce que vous mettez dans votre corps est l’investissement le plus important de votre vie. Ce n’est pas le bon endroit pour y entasser des déchets toxiques. Les crématoriums envoient déjà chaque jour des tonnes de vapeurs de mercure et d’autres produits chimiques dans l’atmosphère.

Est-ce difficile? Oui, bien sûr. Changer vraiment, c’est toujours difficile, mais à moins d’assumer ces choix difficiles, l’avenir deviendra impossible, spécialement pour ceux qui naîtront plus tard.

Notre surconsommation d’aujourd’hui, nos abus, reviennent à voler les ressources dont auront besoin nos enfants et leurs propres enfants, qui hériteront d’une Terre pillée parce que leurs prédécesseurs ne se rendaient absolument pas compte à quel point leur façon de vivre était destructrice.



Teaser sous-titré en français de "Cowspiracy: The Sustainability Secret"


Sea Shepherd France
Samedi, 10 Mai 2014 08:39

Commentary and Editorial

"V"

"En renonçant à l’exploitation de notre découverte, nous avons renoncé à la fortune qui aurait pu, après nous, être transmise à nos enfants. J’ai souvent dû défendre nos conceptions auprès de nos amis qui prétendaient, non sans raison valable, que si nous avions garanti nos droits, nous aurions conquis les moyens financiers nécessaires à la création d’un Institut du Radium satisfaisant.
Mais je demeure convaincue que nous avons eu raison d’agir ainsi.
L’humanité a certainement besoin d’hommes pratiques qui tirent le maximum de leur travail sans oublier le bien général, sauvegardant leurs propres intérêts.
Mais elle a besoin aussi de rêveurs pour qui les prolongements désintéressés d’une entreprise sont si captivants qu’il leur devient impossible de consacrer des soins à leurs propres bénéfices matériels.
Peut-être ces rêveurs ne méritent-ils pas la richesse : toutefois une société bien organisée devrait assurer à ses travailleurs les moyens efficaces d’accomplir leur tâche dans une vie débarrassée des soucis matériels et librement consacrée au service de la recherche scientifique."

Marie Curie

Source : Femmes savantes










L'humanité a besoin de rêveurs




« Le monde est né de l'amour, il est soutenu par l'amour, il va vers l'amour et il entre dans l'amour. »

Saint François de Sales








Crédit Photos daintyjewellsblog.com

Le monde est né de l'amour


 Le milieu du dix-huitième siècle. A la frontière du Paraguay, de l'Argentine et du Brésil, les Jésuites tentent d'installer des missions avec plus ou moins d'acceptation de la part des Indiens qui vivent dans ces régions sauvages. Le Père Julian venant d'être crucifié et mis à mort, le Père Gabriel (Jeremy Irons), qui l'avait envoyé, décide d'aller lui-même au devant des Guaranis. Il finit par s'intégrer et bâtit la mission de San Carlos. Un jour, il apprend qu'à Asuncion, le capitaine Rodrigo Mendoza (Robert De Niro), ancien trafiquant d'esclaves, fait la grève de la faim après avoir tué en duel, par jalousie, son frère Felipe (Aidan Quinn). Il parvient à le persuader d'expier sa faute en devenant Jésuite et en servant ses anciennes victimes. Mais bientôt, la paix est menacée. Les rivalités entre Portugais et Espagnols pour l'attribution des terres provoque la venue d'un émissaire du Saint-Siège (Ray McAnally). Celui-ci visite les différentes missions mais ne peut que donner l'ordre au Père Gabriel de fermer la mission. Les Guaranis refusent et se préparent à la guerre...
    Avant d'être une Palme d'Or, éventuellement discutable, en tous cas discutée, "Mission" est avant tout un hymne simple et vibrant à l'amour rédempteur et au respect de l'autre. 
    Naïf, à l'image de ces Indiens qui ont offert leur confiance aux évangélisateurs, et ne comprennent pas pourquoi Dieu leur a demandé de construire cette église pour, quelques années plus tard, par la bouche du Cardinal, leur exprimer son désir de la voir détruire. 
    Emphatique, peut-être, à l'image du guerrier Mendoza, cruel, tyrannique, soudain touché par la Grâce, et traînant derrière lui, comme symbole du fardeau opprimant son âme, un amas pesant d'armes et d'armures. Capable du pire, il s'enfonce dans ce qu'il considère comme le bien avec autant de fougue que d'opiniâtreté. 
    Nébuleux, parfois, lorsque les différents intérêts, royaux, temporels ou religieux s'entremêlent, s'affrontent, se tempèrent, se corrompent, sans tenir le moindre compte des malheureux indigènes, considérés par la plupart des représentants d'Europe comme des animaux. Qu'importe la vie de quelques centaines d'êtres sans éducation, sans richesses, face à la menace qui pèse sur l'Eglise de ne plus maintenir son influence auprès des cours royales ? D'ailleurs, la justice est du côté de l'éradication, puisque, comme le souligne l'odieux Don Cabeza (Chuck Low), les missions sont l'oeuvre du Diable ! Une simple preuve : elles prônent la liberté individuelle et le mépris de la propriété ! Cette justification ne fait que renforcer cette autre aberrante constatation qui afflige les dignitaires religieux : le paradis créé par le Père Gabriel détourne ses habitants du Paradis céleste futur, le seul véritable, bien évidemment !
    Poétique, souvent. C'est la musique qui apprivoise ces Indiens farouches, cette sublime mélodie  qui s'élève du hautbois de Gabriel, tel un chant d'amour fragile et désespéré. Souvent inspiré, Ennio Morricone atteint ici une harmonie quasiment divine, qui s'allie avec un bonheur sans égale aux décors majestueux, et compose un pont éthéré entre le monde spirituel qui sommeille dans le personnage quasi mystique de Gabriel, et l'environnement matériel grandiose formant l'écrin de cette lutte dérisoire. 
   Profondément humaniste, toujours. Faisant se télescoper, sans grandes démonstrations, la notion civilisatrice que prône une religion uniquement préoccupée par le maintien de ses prérogatives, et le véritable éveil à l'évolution naturelle de l'individu. De Niro, sorte de monolithe impérial, se montre aussi sobre ici qu'il peut s'adonner au cabotinage dans certains rôles. Quant à Jeremy Irons, de son regard de braise jaillit le flot de compassion, de fermeté et de noble grandeur qui imprègnent tout son être. Précurseur de la non-violence chère à Gandhi, une phrase prononcée à la veille de la bataille, alors que Mendoza lui demande sa bénédiction, résume parfaitement son mysticisme pur : "Si la force est le droit, l'amour n'a nulle place en ce monde". A méditer...
   Inoubliable. 


Bernard  Sellier   
Source : Images et mots




    ( The  Mission )        
1986
de : Roland  Joffé,

avec : Robert De Niro, Jeremy Irons, Liam Neeson, Aidan Quinn, Cherie Lunghi, Chuck Low, Ray McAnally,

Musique : Ennio  Morricone 



Mission

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